27 juin, Camp de base: Vers minuit, j’étais à nouveau éveillé; je regardais le plafond de la tente. La luminosité à l’extérieur m’intriguait. J’ai ouvert la tente pour avoir l’immense plaisir d’admirer une nuit de pleine lune. Tous les sommets environnants étaient visibles, c’était superbe! L’air était froid cristalin, il n’y avait pas de vent, la nuit était silencieuse. Quel spectacle! Vers 6h, le jour s’est levé. J’ai attendu que le soleil chauffe ma tente (6h25) pour sortir de mon sac de couchage et j’ai continué à admirer le paysage.
28 juin, camp de base, 3h45 du matin: il fait froid, la nuit est belle, je m’habille pour partir vers le camp 1. Quitter la chaleur du sac de couchage est toujours aussi “oh non pas maintenant, encore quelques minutes”! 
A 4h20, je chausse mes crampons, et je m’engage sur le glacier. La neige croustille, mon souffle est régulier, les crevasses sont silencieuses et les seracs immobiles. Tout va bien!
4h plus tard, j’arrive au camp1 en pleine forme. Quelques minutes plus tard, Phil (chef d’expédition) et moi reprenons la marche vers le camp2 pour marquer le chemin sur le glacier avec des bambous. Au pied de la face, on étudie rapidement la voie d’ascension vers le camp2. Elle est complètement différente de l’année dernière.
1h30 plus tard, on est de retour au camp1, contents de notre effort. Les bambous nous seront certainement très utiles…J’ai passé le reste de la journée dans la tente allongé à me reposer, écouter de la musique (surtout les groupes “3 doors down” et “30 seconds to Mars”), papoter avec les autres, faire fondre de la neige, et enfin manger quelques bonbons!

29 juin: Wally (mon compagnon de tente) et moi n’avons pas entendu le réveil ce matin. Au lieu de 4h, on a ouvert les yeux à 4h21. Il fait très froid ce matin à 5950m. Faire bouillir de l’eau, s’habiller, et faire son sac étaient fort désagréables par ce froid extrême. Tant bien que mal, je me suis preparé. La nouvelle voie vers le camp2 est plus raide, plus exposée aux chutes de pierre et de glace, mais plus directe.

La montée se passe “nikel chrome” (3h45), je me sens tip top moumoute. Ce n’est pas le cas de certains de mes autres compagnons qui arrivent au camp2 à 6500m en piteuse état. Je les accueille avec une accolade amicale, du thé chaud et les tentes montées.
L’altitude se fait sentir…Ce matin à 4h, le froid ne nous donnait pas envie de faire l’effort pour un petit dej. Wally et moi avons juste mangé quelques biscuits. A présent, à 6500m, à 11h50, bien installé au camp2, le petit dej lyophilisé est tout a fait apprecié!
30 juin, camp2, journée d’acclimatation: J’ai ouvert les yeux à 5h du matin, il neigeait et le vent soufflait fort. Pas besoin de sortir du sac de couchage pour grimper, mais pour aller faire pipi! Oulalalalalala la sortie est express tellement la température est glaciale. Wally et moi rigolons de la situation une fois de retour dans la tente!
Le vent décupla dans la journée. La tente tremblait dans tous les sens. On se mettait dos contre les parois pour soutenir les piquets pour eviter qu’ils ne cèdent. On ne peut plus parler entre nos tentes, le vent est trop bruyant et il neige fortement! Le retour demain risque d’être dangereux…

1 juilllet, descente du camp2 au camp de base: à 5h du matin, la condensation gelée sur les parois de la tente nous tombait dessus comme de la pluie à chacun de nos mouvements pour nous habiller. Le vent soufflait toujours, et la neige continuait de tomber. Silencieux, je me dis ” Purée, la descente va etre Rock&Roll”!
Après 10 minutes de descente dans une neige profonde, premier obstacle: une corniche fine comme une lame de razoir avec de chaque côté 500m de vide! Phil s’est avancé et a dit: “this is fucked up”. En gros, pardon pour les gros mots, voila ce que ca signifiait” Putain, c’est quoi cette corniche de fou. Pas moyen que j’y aille”! C’était le seul passage possible, je me suis donc porté volontaire. Phil a sorti une corde pour m’assurer et hop, je m’engageais sur cette magnifique corniche. Premier pas, je déclenche une avalanche. Ca commence bien! Je progresse doucement mais sûrement. A mi-chemin, la corniche devient trop dangereuse, la neige est tellement fine que je n’arrive pas à trouver de support solide pour mes pieds, je decide donc de prendre exemple sur ma petite soeur qui fait de l’équitation: je m’assis à cheval sur la corniche et je progresse ainsi. Le passage de cette corniche longue de 25m me prendra 20 minutes. La trace est faite, les autres suivent. Me voilà à présent au niveau des cordes fixes (cordes que l’on installe avec des pieux à neige pour sécuriser l’ascension et surtout la descente) qui sont recouvertes de neige. A chaque ancre, je dois creuser pour trouver la corde et tirer dessus pour la sortir progressivement et ainsi pouvoir descendre en rappel. Au pied de la face, nos précieux bambous nous indiquent le chemin. Le brouillard, le vent, la neige et la lenteur de la progression rendent la descente intense et palpitante. Il nous faudra 4h pour rejoindre le camp1 au lieu de 1h30. Quelle descente! Et ce n’est pas fini, il nous reste encore la descente jusqu’au camp de base: 8km avec 900m de denivelé au milieu de crevasses et seracs. Le vent était glaciale, la visibilité était minime, la fatigue se faisait sentir, et je recommençais à tousser jusqu’à me plier en deux. “Purée de cacahuète, c’est pas tip top moumoute”. Vers 13h40, j’arrivais au camp de base dans un état assez misérable. Je me suis empressé de me changer pour mettre des affaires sêches et chaudes, et boire du thé chaud. Les autres arrivaient petit à petit dans un état similaire… Quelle descente de fou qui nous a pris 7 heures!

Toute l’equipe était de retour au camp de base, le thé chaud coulait à volonté et réchauffait nos corps affaiblis. Petit à petit, le silence était remplacé par les rigolades, les blagues et les discussions. Tout allait bien, nous étions de retour dans le luxe du camp de base. Le camp2 était établi, nous pouvions nous reposer quelques jours…
PS: Je n’ai pas encore rejoint les camps d’altitude avec les déchets. Mon effort de nettoyage ne s’est limité qu’à quelques emballages de barres de céréales pour l’instant.
PSS: Etant donné que j’ai beaucoup de temps pour réflechir, je réflechis aux prochains projets du balayeur des cimes, à comment améliorer les interventions dans les écoles, à comment solliciter des sponsors, et bien evidemment à comment faire un effort pour préserver notre environnement.
Notre planète mérite un effort!