Le 24 : journée repos au camp1, Nido de condores. Au départ, je pensais nettoyer Nido, mais, toute la journée, le vent était trop violent et les températures étaient glaciales (– 12 dans la tente, dehors c´est pire).
Je n´ai émergé de mon sac de couchage que vers midi !
De ma tente, j´entendais le vent hurlé en altitude, et je voyais les nuages déffilés a une vitesse folle !
Bref, la journée a été calme ! Il faut dire que je n´avais pas dormi de la nuit a cause du vent et des cristaux de glace qui me tombaient sur le visage…

Le 25 : Encore une nuit avec peu de sommeil, mais pas de cristaux cette fois-ci. Je pense avoir trouvé la solution : laisser l´aération ouverte au niveau du plafond de la tente ! Il fait plus froid, mais pas de condensation !
13h10 : premiere journée de « chaleur » a 5300m, il fait 12 degres dans la tente, c´est tres agréable, le soleil brille, le vent est faible… Ca fait du bien de ne pas avoir froid et les mains gelées.
Je commence le nettoyage de Nido. C´est un vaste endroit ondulé de la taille de 4 terrains de football avec des pierres volcaniques parsemées ici et la. Je me ballade avec mon sac et ramasse des déchets ici et la, et de temps en temps, je m´arrete un peu plus longuement car les déchets sont cachés sous des pierres. Je remplis mon premier sac en 1h, le deuxieme une heure plus tard ! Et voila encore environ 35kg de déchets de nettoyer. Je rassemble tous les sacs a un endroit, l´hélico viendra les prendre quand le temps le permettra, et surtout lorsque j´aurai fini mon nettoyage !
Ce fut une bonne journée, tout le monde se disait « joyeux Noel ». C´était unique un Noel a 5300m !
Merrick pense partir pour le sommet demain, je partirai avec lui pour nettoyer le sommet et un endroit appelé « Independencia » a 6400m.
Le 26 : réveil…euh pas de réveil, je n´ai absolument pas fermé l´oeil de la nuit. J´ai regardé le plafond de ma tente, l´intérieur de mon sac de couchage, je regarde le thermometre (– 12)… bref, j´observe autour de moi !
Le départ est prévu pour 3h du matin. Comment le temps ne passe pas vite, je décide de cuisiner vers 1h du mat un hachis parmentier ! Vers 2h, je me remets a cuisiner, ou plutot a faire bouillir de l´eau que j´avais préparé la veille et que je tenais dans mon sac de couchage. Je veux partir avec de l´eau chaude pour qu´elle ne gele pas pendant la montée.
Maladroitement dans ma petite tente et avec un peu de mal chance, je renverse la casserole et le réchaud. Le réchaud s´enflamme avec des flammes de 30cm, inextremis, je le rattrape, souffle brusquement dessus pour limiter les flammes et ferme la valve d´arrivée de gaz. C´était juste ! Je me demande quel gout j´aurai eu CRAM? ????? Serieusement, ce n´est pas drole, mais c´etait juste !
Le précieus litre et demi d´eau inonde le bout de ma tente. Par de petits gestes, j´arrive a déverser un peu d´eau dehors, le reste gele en quelques minutes formant une tres belle flaque glissante dans ma tente ! Magnifique ! Ca commence bien !
Cette petite anecdote passée, je me mets au travail et fais fondre de la neige, j´aurai besoin d´eau pour la grimpe !
Vers 3h30, Merrick et moi partons dans la nuit glaciale a la lumiere de nos lampes frontales. Le vent souffle constamment, et nous glace le visage ! Je me sens bien physiquement, sauf une toue seche peu frequente (que j´ai depuis plusieurs jours). Une heure plus tard, nous sommes a Berlin (5900m). Tout va bien, on s´hydrate, et on repart. Plus on avance, et plus ma toue devient réguliere et intense… avec une nouveauté : des nausées (début de vomissements)… pas super comme sensation a 6000m.
6h du matin, a présent des que je prends de grandes respirations, je tousse serieusement et j´ai des nausées ! la situation empire. Pourtant je me sens fort physiquement, je grimpe bien et constant, mais je tousse, tousse et retousse. Vers 6500m, il y a une longue traversée tres exposée ou le vent souffle fort. Il faut environ 1h30 pour faire cette traversée. Au bout de 10 minutes, je m´arrete et réflechis tres sérieusement a ce que je fais. Le vent souffle fort, il est glacial, et ma toue est tres sérieuse maintenant avec des nausées tres sérieuses. Je reste toujours tres attentif a ce que me dit mon corps en altitude : c´est une regle d´or pour moi. Je suis seul maitre de mes actions, et responsable de mon corps ! Je n´ai pas le droit a l´erreur !
Merrick me propose de me reposer un peu, et ensuite de repartir ! je ne suis pas fatigué (malgré mes nuits blanches a répétition), je tousse comme jamais, et j´ai des nausées sérieuses. Vous savez ce que signifie ces signes (toue et nausées) : signe d´oedeme pulmonaire. C´est serieux, vraiment dangereux et mortel ! Je ne me sens pas a l´aise et en confiance maintenant. Je ne veux pas risquer ma vie pour ce projet, je décide de redescendre. Merrick continua jusqu´au sommet !
Pendant ma descente, je me sentais toujours fort physiquement, mais j´ai ecoute mon corps qui me disait de ne pas continuer. Au bout de 3 min de descente, je m´effrondre en pleure car je pense avoir un oedeme pulmonaire et que mon projet tombe a l´eau, je devrais etre évacué d´urgence en arrivant au camp de base. Tous mes efforts, mes joies, mes déceptions…bref tout tombe a l´eau. Je suis effondré, mes larmes gelent sur mon visage, mais je continue de pleurer, tout seul au milieu de ce paysage glaciale et lunaire. Pendant ce moment d´énorme tristesse, je reprends un peu d´optimisme en regardant le soleil qui se leve et le paysage qui s´offre a moi… C´est pour cela que je me bats, la beauté magistrale de la nature. Tout en arretant de pleurer, une énergie se développe en moi, et me dit que mon message est quand meme passé, et qu´en redescendant vivant, j´aurai d´autres occasions de faire passer le message !
Je me leve et commence la longue descente vers ma tente, 1000m de denivelé a 6000m d´altitude, autant vous dire que c´est extremement difficile. Des larmes recommencent a couler le long de mon visage… je poursuis ma descente, la toue est toujours aussi intense, les nausées empirent sérieusement maintenant. Toutes les 5 minutes, je me plis sur moi meme, jusqu´a avoir des crampes d´estomac…un peu comme des convulsions ! je ne vomis toujours pas, mais c´est tout comme ! 2 h plus tard, j´arrive a ma tente, plié en deux. La situation est vraiment critique ! Martin (hollandais) me donne a boire, et me dit de tout laisser en plan ici et de redescendre le plus rapidement ! Il veut venir avec moi ! Je lui dis « non » car physiquement je suis toujours assez fort pour redescendre au camp de base ! Je lui répete plusieurs fois que je peux descendre jusqu´au camp de base 1000m plus bas. J´ai dit non a Martin car lui était déja tres faible et devais se reposer ! Martin va chercher un guide de montagne, qui colla son oreille sur mon dos pour ecouter ma respiration et savoir si j´ai un oedeme pulmonaire. Il me demande de prendre une grande respiration, je tousse frénetiquement, avant de me plier sur moi meme avec des convulsions de vomissement… Il m´urge de redescendre en vitesse pour voir les médecins au camp de base ! Ni une ni deux, je reprends mes batons, et je descends en fleche au camp de base ! Physiquement, je commence a encaisser le coup, je m´arrete plus souvent. Ma respiration est toujours aussi courte pour eviter la toue et ensuite les nausées. Chaque respiration doit etre de l´ordre de celle d´un moineau ! 1h30 plus tard, vers 11h, me voila au camp de base chez les médecins, 2000m plus bas. Pendant toute ma descente, je n´ai enlevé aucune de mes couches de vetements, ici au camp de base, je transpire comme jamais… Le médecin m´osculte, écoute ma respiration, prend ma tension, et fait d´autres tests. Je tousse toujours aussi sec, il me demande de me forcer a boire…. Au final, il regarde le fond de ma gorge, regarde encore une fois, et en conclu que j´ai une angine carrabinée. L´air froid que je respirais en altitude a empirer ma bronchite. La situation se stabilise doucement…OUFFF !!! Ce n´est pas un oedeme pulmonaire, mais une enorme angine qui en altitude devient tres critique ! Le médecin me connaissant et connaissant mon projet m´offre des antibiotiques ! Et oui encore des antibiotiques et 4 jours au camp de base avec un tissu sur la bouche pour ne pas respirer de l´air froid ! Je ne serais pas évacuer du camp de base, ma situation peut s´améliorer avec du repos et des antibios ! je n´aurai jamais autant pris d´antibiotiques…mais encore une fois c´est un traitement de faveur pour que je puisse accomplir mon projet. Une autre personne aurait été renvoyée dans la vallée.
Voila un peu comment s´est passée ma journée d´hier. Je m´effondre dans ma tente, et dors 30 minutes. Je me réveille en sursaut car un gros probleme se présente a moi maintenant : je n´ai pas mon sac de couchage ! Mince, mince mince !! Il faut que je trouve quelqu´un qui monte a 5300m et qui redescend au camp de base ! Il est 12h30, ce genre de trajet se fait en partant tot le matin puisque cela demande en général 8h au total ! Bref, la journée n´est pas finie. Je demande un peu partout si personne ne remonte, réponse négative a chaque fois !
Il faut que je fasse quelque chose, je ne peux pas passer une nuit a 4300m sans sac de couchage… je décide de remonter chercher mon sac de couchage. Il me faut environ 4h pour aller a ma tente, et 1h30 pour redescendre… c´est jouable. Mais ma toue ne va pas aimer cela, mon angine encore moins… mais je me dis que je recupérerai dans les prochains jours. Je commence a grimper vers ma tente, au bout d´une heure, je tousse horriblement. Je ne peux pas continuer, je dois trouver une autre solution. Je redescends au camp de base. En arrivant a ma tente, j´entends deux personnes discuter, et l´une de dire « ok, je vais au camp Canada » (4900m, camp intermédiaire entre le camp de base et « Nido » ou se trouve ma tente ), c´est un porteur qui va ammener du matériel pour une expédition a ce camp intermédiaire. Je sors de ma tente et vais discuter avec ce porteur de mon « besoin ». Il est d´accord pour aller chercher mon sac de couchage… mais bien évidemment il faut payer ! Normalement cela coute 150 euro, mais comme il fait déja la moitié pour une autre expédition et que pour moi, c´est juste redescendre un sac de couchage de 2kg, il accepte la moitié ! Et voila, je paye 75 euro pour que ce porteur me ramene mon sac de couchage. Je lui explique ou se trouve ma tente, et le voila parti ! 7 heures plus tard, le voila avec mon sac de couchage !!!!
Le soir, je me suis couché au chaud dans mon sac de couchage au camp de base apres une énorme journée. Dans ma tente, je reprends confiance et détermination pour mon projet, les choses vont s´améliorer doucement..il faut juste etre patient au camp de base pendant 4 ou 5 jours et bien me couvrir et prendre soin de mon corps pour pouvoir continuer cette aventure… cette nuit la, je dormirai 10h !
Aujourd´hui, me voici a vous écrire ce message, le moral va mieux, la toue pas vraiment, mais je n´ai plus de nausées et le soleil brille au camp de base !
Les prochains jours se passeront au camp de base a me reposer, prendre mes antibiotiques, a réaliser des interviews sur le theme des déchets et tout simplement a me « requinquer » pour la suite du nettoyage de l´Aconcagua.
Aujourd´hui, je vais mieux, je me sens déterminé, et j´ai toujours l´appui des gens au camp de base, et je sais que j´ai toujours votre appui…donc tout va bien ! Le balayeur des cimes se porte plutot bien, meme avec une angine, vous salue et vous souhaite une tres belle journée sur notre belle planete.

Arian, le balayeur des cimes.
PS : je n´ai pas tous les accents sur ce clavier. Et veuillez excuser mes fautes de Francais.